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À la tribune du Parlement

Amélioration de l’organisation des études dans l’enseignement supérieur

Adoption des derniers décrets de la législature.

Ce sont les deux derniers décrets, un décret spécial et un décret ordinaire, soumis à l’approbation de cette assemblée dans le domaine de l’enseignement supérieur. Mme Schyns ne me démentira pas: l’enseignement, ce sont d’abord et avant tout des normes, qui doivent être assimilées par les différentes personnes concernées, parce qu’elles vivent au rythme et au quotidien de l’organisation des enseignants et des établissements. Les normes ne sont pas quelque chose de commun. Beaucoup d’entre elles sont des normes d’autorité à l’égard de ceux qui en bénéficient ou en subissent les effets. Les normes qui nous occupent aujourd’hui concernent l’organisation des études. Tout organisme vivant absorbe plus ou moins bien la norme qui lui a été imposée. Cela peut poser des problèmes d’application lorsque l’on gère environ 50 établissements différents.

Dès le début, c’est-à-dire dès 2010, et pour la première fois dans le domaine de l’enseignement supérieur, nous avons voulu organiser des tables rondes visant à préciser les éléments fondamentaux, les différentes nuances à apporter. C’est à l’issue de ces tables rondes que le projet de décret allait être établi, en particulier le livre 2 du décret. En effet, le livre 1 concerne l’organisation de l’ARES, des pôles et des zones.

L’organisation des études telle que prévue dans le décret de 2013 est le résultat de la volonté commune de l’ensemble du monde de l’enseignement supérieur, à savoir les universités, les hautes écoles, les écoles supérieures des arts (ESA), les organisations représentatives des travailleurs et les étudiants. Lors de la mise en œuvre du décret, nous avons constaté que les différences d’interprétation des textes entraînaient une série de difficultés, d’où la nécessité d’élaborer une nouvelle version du décret «Paysage». Nous en sommes aujourd’hui à la troisième refonte de ce décret.

Le texte prévoit l’institutionnalisation d’une commission regroupant l’ensemble des acteurs de l’enseignement supérieur: les pouvoirs organisateurs, les délégués et commissaires de gouvernement, les organisations syndicales et les étudiants. Cette commission se réunit à intervalles réguliers en vue de discuter des différents problèmes d’interprétation rencontrés quotidiennement par les opérateurs de terrain et d’y apporter des solutions.

Un premier élément problématique est l’individualisation des cours. Cette évolution, qui se fait sentir partout, est le fruit du système de capitalisation des crédits instauré par le décret de Bologne. On peut, certes, regretter les systèmes en vigueur au XIXe siècle, où le maître enseignait à la valetaille… Le processus de Bologne tend à instaurer d’autres méthodes d’enseignement dans les systèmes nationaux d’enseignement supérieur.

J’entends bien les difficultés administratives et la complexité du système. Les universités ont effectivement installé des logiciels qui, à l’heure actuelle, sont largement répandus et qui permettent de pallier certaines difficultés, comme le fait pour un étudiant d’avoir deux cours au même moment à des endroits différents.

Nous avons voulu protéger les étudiants en exigeant un minimum de 60 crédits. Aujourd’hui, nous avons décidé de changer la règle et de réduire le nombre à 55 crédits. Certains ne demandaient que 45 crédits et d’autres auraient voulu ne pas changer la règle. Nous avons transigé; une transaction n’est pas une compromission. Nous estimons qu’il faut permettre des programmes incomplets, dans l’intérêt de l’étudiant.

Quant à l’évaluation du décret, jamais un décret n’a été autant évalué que celui-ci. Par ailleurs, on a fait de faux procès au décret. Je pense, par exemple, au jury. Ce n’est pas moi qui en ai transformé les membres en comptables. Ils peuvent, comme par le passé, attribuer des crédits à un étudiant qui a échoué à l’examen. Cela relève de sa seule responsabilité. Nous avons dès lors choisi de ne pas supprimer le jury, mais de le maintenir en lui demandant de tenir compte du parcours de l’étudiant. Je tiens à souligner le fait que la note de 10/20, tant décriée, existe partout en Europe. Il s’agit d’un critère d’évaluation.

Pour l’anecdote, je rappelle qu’Albert Einstein avait 1 sur 5 dans l’enseignement secondaire, en Suisse, parce que le 1 correspondait à l’excellence. Un journaliste qui avait mal compris a cru qu’il était un élève médiocre, mais ne nous attardons pas sur ce détail… Nous avons lancé une révolution pour aligner l’enseignement supérieur de la Fédération Wallonie-Bruxelles sur les standards du processus de Bologne. Nous avons adhéré à ce processus, qui permet notamment l’organisation du programme Erasmus et la portabilité des diplômes. Nous avons été des pionniers dans ce dernier domaine, grâce à notre accord Benelux.

Nous avons aussi voulu permettre l’individualisation des parcours. Lorsque j’étudiais à la faculté de droit de l’Université de Liège, nous ne pouvions choisir qu’entre quelques filières: droit social, droit économique, droit fiscal. Aujourd’hui, si vous vous rendez à une cérémonie de remise des diplômes, vous constaterez que le nombre de filières est impressionnant. Certes, le décret «Paysage» a plutôt contribué à augmenter ce nombre, mais notre volonté a été décisive.

Je voudrais insister sur un autre point. Le recteur de l’UCL, Vincent Blondel, a déclaré à la suite de sa réélection que les universités devraient avoir plus de liberté. Cela signifie que le régime relatif aux habilitations que nous avons créé devrait être abandonné et qu’il faudrait laisser aux établissements la totale liberté d’organiser les cours comme ils l’entendent.

Si nous ne leur donnons pas cette liberté, c’est pour une simple et unique raison: la rareté des moyens financiers. Il n’est pas question que, demain, n’importe qui, n’importe où, puisse faire n’importe quoi. Sinon, la concurrence entre les établissements risque d’augmenter de manière incontrôlable.

Je ne suis pas particulièrement heureux de ne pas avoir suivi la recommandation de l’ARES, mais le climat entre les universités étant très tendu, il m’est apparu qu’il fallait aussi tendre la main et tenir compte de deux éléments fondamentaux. Il s’agit, tout d’abord, de la situation particulière de Charleroi. Nous avons reconnu l’insuffisance de l’offre universitaire dans l’arrondissement de Charleroi. Nous avions prévu quatre habilitations. Ensuite, il m’est apparu que la manière dont cette habilitation en informatique orientation santé avait été traitée était en quelque sorte le résultat d’un conflit portant sur d’autres sujets. Vous comprenez tout de suite de quoi je parle. Il fallait quand même essayer de maintenir l’église au milieu du village. Je constate, comme toujours, qu’un certain nombre de normes n’ont pas été interprétées comme je l’aurais souhaité, mais c’est la règle du jeu.

Par contre, on a souvent attribué au décret «Paysage» des éléments qui ne s’y trouvent pas, notamment parce certains signataires ne l’ont jamais lu… Il n’empêche que ce décret a accru la liberté qui, dans les hautes écoles, a toutefois longtemps conçue comme une insécurité juridique.

Aujourd’hui, nous permettons une forte simplification administrative, nous augmentons l’offre d’enseignement en 2019 et en 2020, nous faisons en sorte qu’il y ait plus de liberté dans les enseignements, notamment dans des cursus en langue étrangère et nous permettons à un certain nombre d’institutions, comme l’a indiqué Mme Dejardin, d’obtenir des subsides récurrents, l’Inspection des Finances nous reprochant l’octroi de subsides annuels.

Je voudrais, moi aussi, saluer le rôle de Philippe Maystadt, le premier président de l’ARES, qui a entrepris ce chantier, encore compliqué aujourd’hui, qui a voulu fédérer des types d’enseignement qui ne se connaissent pas, qui ne se fréquentent pas et qui, parfois, n’ont pas la meilleure perception les uns des autres, à tort d’ailleurs. Nous avons la chance inouïe d’avoir quatre types d’enseignement supérieur: l’enseignement universitaire, l’enseignement de haute école, l’enseignement supérieur artistique, l’enseignement de promotion sociale. Ces formes différentes, qui répondent à des aspirations spécifiques, sont fondamentales.

Ils doivent interagir. Le modèle que nous avons construit en 2013, pour lequel je vous demande de voter une réforme, aujourd’hui, en 2019, me paraît aller dans le bon sens. Il faut faire adhérer davantage l’ensemble des interlocuteurs; c’est un reproche qu’on a pu nous faire jusqu’ici, à juste titre. Je suis cependant en désaccord avec eux sur un point: cabinets et gouvernements ont toujours eu la volonté de mener une politique de la main tendue à l’égard de tous. Dans les institutions, nous aurions peut-être dû agir différemment, mais les recteurs, les directeurs présidents, l’ensemble des organisations ont été associés quasi quotidiennement à l’évolution du dossier. Chaque professeur, chaque assistant, chaque membre du personnel scientifique ne l’a, en revanche, pas été, je dois le reconnaître. C’est peut-être une voie que nous devrons emprunter à l’avenir. En tout cas, le décret proposé aujourd’hui à vos suffrages possède deux grandes caractéristiques.

Première caractéristique: la simplification et la clarification des textes. Je suis convaincu qu’un bon texte juridique est d’abord un texte clair et compréhensible, même si je vous accorde qu’un certain jargon propre à l’administration et au monde de l’éducation implique l’utilisation de termes portant à interprétations diverses, ce qui est regrettable. La deuxième, c’est qu’il donne de nouvelles habilitations. La façon de faire de notre enseignement supérieur, quelle que soit sa forme, un enseignement moderne constituera un des problèmes que nous aurons à gérer dans les mois et les années à venir. Il faudra peut-être réfléchir sur l’évolution de la manière dont nous gérons les habilitations, ce qui passera aussi, indépendamment d’un refinancement m’apparaissant comme une donnée fondamentale, par la suppression d’un certain nombre d’organisations de cours. Il faudra faire en sorte qu’il ne s’agisse pas simplement de l’extension du monde, mais d’une volonté d’organiser différemment. Sur le dernier point qu’il a évoqué, je suis parfaitement d’accord avec M. Henry.

Si l’objectif consiste à améliorer la collaboration entre universités européennes, à l’instar des pôles de compétitivité, ce sera positif. L’étude sur le Brexit l’a démontré et je le constate également: la collaboration entre universités francophones a augmenté de manière considérable en quinze ans. Élargir cette coopération interuniversitaire à travers des alliances européennes ne pourrait être que bénéfique. Si, par contre, l’objectif est de créer une Champions League pour les universités européennes, qui seraient classées dans différentes divisions, on court à la catastrophe. Ce serait une hérésie, car l’excellence n’est pas l’élite. L’excellence consiste à offrir le meilleur pour tous, alors que l’élitisme est l’excellence pour quelques-uns.

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