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Communiqué de presse

Réponse à une interpellation citoyenne sur le Décret Paysage

Chère Madame,

Votre post Facebook m’est parvenu et j’ai lu votre message avec attention.

Je vous remercie d’ores et déjà d’avoir formulé votre ressenti sur la réforme du ‘Paysage’ et sur l’impact, important, qu’il a sur le quotidien des travailleurs administratifs, des étudiants, des professeurs et autres acteurs de nos institutions d’enseignement supérieur.

L’élaboration du Décret Paysage a d’abord été un long travail de terrain. J’ai effectivement souhaité qu’il soit le fruit d’une démarche participative. Chacun des acteurs a pu s’exprimer à de nombreuses reprises à travers les Tables Rondes de l’enseignement supérieur qui ont débuté en décembre 2009. Le décret est voté depuis l’automne 2013, au terme d’un processus participatif et démocratique que peu de réformes ont connu. Ce sont 4 années de contacts intenses avec les étudiants, les professeurs, les travailleurs et syndicats, les chercheurs, les recteurs, les directeurs présidents. Ce sont plusieurs centaines de personnes qui se sont rencontrées, qui ont pu se parler pour construire un projet commun qui, fondamentalement, veut privilégier les synergies et les collaborations entre les institutions plutôt que les concurrences et adapter le parcours de l’étudiant aux nouvelles réalités de notre société.

La philosophie du décret est bel et bien de permettre aux étudiants qui sont confrontés à une difficulté de progresser dans leur cursus en perdant le moins de temps possible, et ne plus devoir recommencer une année d’études pour un ou deux examens ratés.
Cette réforme, de grande ampleur, a vécu ses maladies de jeunesse, nous avons déjà à plusieurs reprises apporté des améliorations souhaitées par l’ensemble des partenaires, dont de la souplesse pour la conception des programmes à 60 crédits. Jusqu’à la fin de la législature, je suis encore prêt à apporter les modifications qui seront proposées par l’ARES et par le Comité de suivi du décret Paysage qui rassemble tous les acteurs de l’enseignement supérieur.

Je suis parfaitement conscient de la charge de travail supplémentaire engendrée par l’accompagnement des étudiants dans la conception de leurs programmes d’études, c’est pour cela que le Gouvernement a dégagé, à ma demande, un financement complémentaire de plus de 5 millions d’euros pour engager globalement plus de 90 ETP (équivalents temps plein) de conseillers pédagogiques pour l’ensemble des établissements d’enseignement supérieur.

Je voudrais vous rappeler que le ‘crédit’ ne date pas d’hier, tel le jeu vidéo d’arcade Pac-Man que vous semblez apprécier. Le système des crédits associés à l’enseignement n’est pas un nouveau concept sorti du décret Paysage mais il existe en Europe depuis de longues années. En Belgique, c’est depuis 2004 (décret Bologne) que l’enseignement supérieur est organisé en crédits valorisables, crédits qui représentent forfaitairement la charge de travail des étudiants.
Ensuite, la construction des programmes d’études par cursus relève de la responsabilité exclusive des équipes pédagogiques et de leur liberté académique : il leur appartient de créer les unités d’enseignement et de les agencer dans l’ordre qui correspond à leurs objectifs pédagogiques, y compris en termes de prérequis et de corequis.

Il en est de même pour l’élaboration des unités d’enseignement qui peuvent comprendre une ou plusieurs activités d’apprentissage, et pour leur mode d’évaluation.

Dans cette configuration, les professeurs disposent, notamment dans les hautes écoles, d’une plus grande liberté que précédemment. En effet, les anciennes grilles horaires minimales et spécifiques sont remplacées par des contenus minimaux communs. Ainsi, si les compétences à atteindre par les étudiants sont les mêmes par cursus, le chemin pour y arriver peut être différent, laissant par là-même la possibilité à chaque équipe pédagogique de mettre en valeur leurs compétences particulières. Je suis néanmoins conscient que ce processus prend du temps et que nous vivons une période de transition inhérente au changement de paradigme.

Rentrons dans le vif du sujet de votre post. Si le taux d’échec augmente et si la durée des études s’allonge comme vous le décrivez, ce qui actuellement n’est pas vérifiable objectivement au demeurant, ce serait inacceptable. Je considère effectivement que les étudiants doivent accomplir leur travail d’étudiant, c’est-à-dire valider l’ensemble des 60 crédits qui constituent leur programme annuel. J’entends trop souvent comme vous « j’ai réussi car j’ai validé 45 crédits » : c’est une erreur.

C’est très important de couper court à la rumeur et je profite de cette réponse pour le faire. La réforme Paysage ne dit jamais ce que vous décrivez. L’échec est bel et bien toujours présent dans l’enseignement supérieur, ne nous leurrons pas.

Désormais, la mise en œuvre des unités d’enseignement, l’acquisition définitive des crédits et la modularisation des cursus font en sorte que l’étudiant peut davantage moduler son parcours de formation. La réussite à 45 crédits et la construction de son programme annuel personnalisé permet effectivement à l’étudiant de se placer dans une dynamique de la réussite. Il engrange des crédits relatifs aux unités d’enseignement qu’il a réussies et se projette dans les cours qui l’intéressent pour la suite de son cursus. C’est une nouvelle vision de la formation supérieure, qui responsabilise l’étudiant et lui offre la possibilité de construire son programme différemment, dans une optique d’épanouissement. C’est une avancée majeure du décret. Je ne nie pas que certains étudiants peuvent confondre cette nouvelle responsabilité que le décret leur donne avec une certaine forme de nonchalance, mais essayons de ne pas tomber, ici aussi, dans des caricatures stériles. Surtout, jamais, au grand jamais, l’exigence au niveau de la réussite n’est bradée. Les professeurs et les jurys d’examens gardent exactement les mêmes prérogatives qu’auparavant, ce qui veut dire que l’échec est toujours bien d’application lorsque la réussite du cursus n’est pas actée. Ce sont eux et eux seuls qui fixent les exigences de réussites. Ce sont eux qui ont construits les unités d’enseignement, les activités d’apprentissages et qui fixent les prérequis. Et n’oublions pas que durant des décennies, les jurys d’examens, pouvaient considérer une année réussie lorsque l’étudiant comptait certains cours ratés. C’est dans la moyenne obtenue et dans l’obtention ou non de notes d’exclusion que l’étudiant était considéré comme ‘bisseur’ ou comme étudiant ayant réussi son année…

A vous lire, il semble manifestement bon de rappeler qu’aucun professeur n’a reçu comme instruction via le décret Paysage de baisser son niveau d’exigence vis-à-vis de l’évaluation du savoir et des connaissances de ses étudiants. Le système employé (peu importe la norme utilisée ou le système finalement) qui vise à vérifier l’acquisition des connaissances par l’étudiant, n’a, à aucun moment, été utilisé pour lutter contre l’échec ou, autrement dit, pour favoriser la réussite. La réforme n’a pas remis en cause le rôle des jurys qui, aujourd’hui comme hier, ne doivent pas se contenter d’être des notaires qui actent les résultats obtenus dans les différentes unités d’enseignement ; ils doivent, au contraire, prendre en considération la situation globale de l’étudiant et acter sa réussite ou son échec. La plupart le font mais force est de constater que les plus grandes difficultés de mise en œuvre du décret s’observent là où les jurys ne remplissent pas leur rôle.

Je le répète, ce sont les professeurs et les jurys qui fixent les conditions de réussite et il est totalement faux de dire ou de laisser entendre que c’est un Ministre de l’Enseignement qui influe dans ce domaine.

Concernant le chapitre des crédits résiduels que vous abordez, je rappelle que nous sommes passés d’une réussite possible à 48 crédits en 2014-2015 à une poursuite d’études à partir de 45 crédits acquis. Ainsi donc, les crédits résiduels existaient déjà, avec les difficultés inhérentes aux changements de programmes ou de titulaires, l’impossibilité de concevoir des horaires qui permettent aux étudiants d’assister une seconde fois aux activités d’apprentissage, des crédits anticipés qui n’étaient pas obligatoires ni officiellement constatés, etc. Le programme d’études annuel, s’il peut être difficile à élaborer, est nettement plus clair et transparent aujourd’hui qu’avant la réforme.

Enfin, concernant, les situations spécifiques des étudiants qui sont exclus du financement de leurs études suite à plusieurs échecs, il serait malhonnête intellectuellement d’incriminer le nouveau système qui, au contraire du précédent, permet d’instaurer plus de sécurité financière vis-à-vis des étudiants dans le besoin. L’objectif est de garantir le droit à un échec sans être pénalisé financièrement. Auparavant, l’étudiant avait droit à une allocation d’études s’il terminait avec fruit l’année d’études précédente. Depuis 2015, un arrêté a introduit un « joker », permettant à l’étudiant d’avoir un échec et de rester éligible à l’octroi d’une bourse ; cette avancée a permis de sortir de la logique de double peine qui, jusque là, frappait les étudiants, puisqu’à l’échec de son année s’ajoutait la perte de la bourse. Ce mécanisme était basé sur une organisation en années d’études. Désormais, la réussite de l’étudiant se mesure en crédits acquis au long d’une année académique. Il était donc nécessaire de retravailler les textes légaux. Cette mise à jour des textes garantit à l’étudiant qui était dans des conditions d’octroi hier qu’il continuera à l’être demain. L’arrêté en préparation n’a par contre jamais spécifié que le passage à l’accumulation de crédits permettrait d’obtenir des bourses à l’infini, pas plus demain qu’hier. Il a été concerté avec les organisations représentant les étudiants.

Concrètement, hier, l’étudiant pouvait bénéficier de 4 bourses pour obtenir son 1er cycle (3 + 1 « année Joker ») et de 2 bourses supplémentaires pour obtenir son master. Demain, il pourra, de la même manière, bénéficier de 4 bourses pour obtenir son 1er cycle et de 2 bourses supplémentaires pour obtenir son master. Je rappelle d’ailleurs que c’est à mon initiative que, depuis quelques années, les étudiants qui terminent leur 1er cycle en 3 années peuvent bénéficier d’une « année Joker » pour terminer leur second cycle. Précédemment, cette « année Joker » était limitée au 1er cycle.

Il faut également rappeler que depuis 2010, les étudiants boursiers ne paient plus de minerval. L’accès à l’Enseignement supérieur est gratuit pour plus de 38000 étudiants. Par ailleurs, les étudiants boursiers bénéficient également de la gratuité des supports de cours mis à disposition par les établissements. J’ai toujours assumé la charge financière grandissante des allocations d’études. Durant la législature précédente, l’enveloppe est passée de 45 à 60 millions.

Il est maintenant grand temps de sortir des postures caricaturales, et de se dédouaner des difficultés rencontrées en invoquant le décret Paysage : que chacun puisse utiliser son énergie et mettre ses compétences au service de la qualité de notre enseignement supérieur. Les outils sont disponibles, ils peuvent être utilisés à bon escient. Mes collaborateurs et moi–même restons à votre disposition.

Je vous remercie de m’avoir donné l’occasion, via votre interpellation, de m’exprimer. Ma réponse est sans doute un peu longue mais il me paraissait normal, sur un sujet aussi sensible, de prendre le temps de préciser les choses, objectivement et rigoureusement, au-delà des difficultés vécues, que je ne nie pas, mais qui ont peu à voir avec la philosophie du décret.

Ce nouveau Paysage de l’enseignement est résolument tourné vers l’avenir. Il veut renforcer les synergies et les collaborations entre nos institutions d’enseignement. Il veut faire confiance aux jeunes, les placer au cœur de leur projet d’étude, leur donner l’autonomie nécessaire sans les déresponsabiliser. Aujourd’hui comme hier, chère Madame, l’étudiant devra fournir les efforts nécessaires pour remplir sa part de contrat et obtenir son diplôme.

Bonne continuation,

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